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Corinne Pitet a ouvert le premier atelier du modèle d'art en Wallonie. Installé à Bierges, il sera inauguré ce week-end. (Vers l'Avenir du 29/04/14) article de Quentin Colette)

CroquezMoi un atelier du modèle d'art Vers l'Avenir 29/04/13

Elle arrive en peignoir, s'assied sur une talbe à roulettes et demande aux quates artistes présentes dans son atelier :" Avez-vous une envie de pose particulière ?" Corinne Pitet ôte son vêtement et se fige dans la position désirée. "C'est parti pour 3 heures." Des pauses lui permettront toutefois de se détendre et offriront une respiration aux sculptrices qui font prendre forme à la terre qu'elles travaillent.

Corinne Pitet est modèle d'art et elle vient d'ouvrir son atelier, CroquezMoi, à Wavre qui sera inauguré le week-end prochain.

Un atelier du modèle d'art ? Une première en Wallonie. " Je pose depuis 10 ans et il n'est pas évident d'obtenir un contrat de travail en étant modèle.

J'ai donc d'abord ouvert un atelier chez moi et pour moi seule. Puis, des modèles sont venus me parler. D'où l'idée de créer cet atelier."

Actuellement, elle travaille avec une vingtaine de modèles pour assurer les six ateliers hebdomadaires destinés aux sculpteurs, aux dessinateurs ou encore aux peintres. Les artistes peuvent aussi prendre rendez-vous et l'atelier organise également des cours et stages.

"Un modèle, c'est des lignes, des zone d'ombre et de lumière"

"On a besoin de modèles", indique la Stéphanise Isabelle Stienon. Et Sophie Nève de Louvain-la-Neuve d'ajouter :" Sculpter à partir d'une photo est beaucoup plus difficile, car ce n'est pas en trois dimensions."

CroquezMoi n'est toutefois pas une agence de modèles. "On ne choisit pas sur catalogue comme pour les mannequins, précise Corinne Pitet. Je ne veux pas non plus qu'un artiste vienne et me demande une belle poupée... Les artistes viennent ici pour exercer leur art en travaillant avec un modèle masculin ou féminin, peu importe son âge et sa silhouette."

Et le modèle de continuer : "Quand on parle de modèle d'art, vu la nudité, on s'imagine souvent qu'il y a une connotation sexuelle. Mais ce n'est pas le cas. Une fois sur le socle, le modèle devient, aux yeux de l'artiste, des lignes, des zones de lumière ou d'ombre, des contours... A ce moment-là, Corinne n'existe plus."

Pour le modèle, l'objetctif est de bien rester immobile et de savoir reprendre la même pose après chaque arrêt. "Il faut aussi savoir gérer la douleur, car certaines poses ne sont pas évidentes à tenir. On ne le dirait pas comme ça, mais être modèle est un métier physiquement dur. D'ailleurs, toutes les trois semaines, je vais voir un kiné."

Avant d'être modèle, Corinne Pitet a été experte dans l'immobilier. "Mais ce n'était pas mon environnement. J'ai cherché à faire quelque chose d'autre, dans le milieur artistique et une amie d'une amie était modèle. Je l'ai rencontrée et j'ai ensuite débuté mêm si je ne savais pas ce que voulait dire bien poser."

Désormais, elle a ouvert son atelier. Accessible depuis la semaine dernière, il sera inauguré le samedi 4 mai de 16h à 20h et le dimanche 5 mai de 12h à 16h.

CroquezMoi, 215 rue Provinciale à Bierges ( Wavre). www.croquezmoi.be

http://www.lavenir.net/cnt/dmf20140428_00469063

Ils ont dû se serrer pour trouver une place tout autour du bassin de La Piscine. Mercredi soir, des centaines de dessinateurs amateurs ont investi le bassin pour la Nuit de l’académie. Et contrairement à l’an dernier, ce sont des modèles vivants qui se sont offerts à leur coup de crayon.

Un froid piquant saisit les personnes qui font la queue dans l’allée de La Piscine. « C’est pas comme si la prof nous avait dit d’arriver plus tôt », soupire, fataliste, une étudiante en art. Des dessinateurs amateurs, il n’y a que ça autour d’elle. Ils étaient 480 à s’être inscrits à la seconde Nuit de l’académie, organisée au musée roubaisien ; plus de deux fois plus que l’an dernier. Mais avant d’accéder au bassin, il faut patienter.

On passe plus lentement un contrôle de sécurité quand on vient chargé de blocs de feuilles, de crayons en pagaille, de craies grasses et de bouteilles d’encre… Alors pendant près d’une heure, les artistes qui ne rebroussent pas chemin attendent en regardant leurs doigts s’engourdir. Pour compenser, ils savourent déjà le moment qui va s’offrir à eux. « On va accéder au musée la nuit, comme des VIP », s’amuse Sylvain, qui suit des cours du soir de dessin avec l’ADEP.

Trois minutes pour une silhouette

Après le froid, c’est une atmosphère surprenante qui le saisit quand il pénètre enfin dans le musée : il n’y a déjà presque plus de place au milieu du bassin, mais de cette foule compacte ne s’élève étonnamment que le faible bruit des mines de graphite qui glissent sur le papier. Au milieu, quatre modèles professionnels, aussi peu vêtus qu’un Apollon d’albâtre, présentent leur corps à des dessinateurs appliqués. Seule une annonce au micro, « on change », vient perturber l’application de ceux qui voient plus le sujet de travail que la nudité dans ces deux hommes et deux femmes entourés de centaines de paires d’yeux.

Toutes les trois minutes, puis toutes les quinze secondes, les modèles changent de pose. Maxime, étudiant à Pôle IIID, peine un peu face à cet entraînement intensif. Noémie, Léa, Julie et Lucie, travaillent les gammes du dessin apprises à l’ESAAT. « C’est un vrai challenge », commente, amusé, Romain, illustrateur qui anime des ateliers à Lille. « Il faut être synthétique. C’est toute la différence entre le dessin d’après photo et face à des modèles vivants. On n’a pas tout le temps que l’on veut. On ne peut pas être exhaustif, on est obligé de choisir telle ou telle partie du corps, simplifier… »

Sur les cahiers, les formes naissent, puis disparaissent au fil des pages qui se tournent. Enfermant dans le papier cet instant unique vécu à la Piscine.

Merci Nathalie Lequenne de m'avoir fait confiance, le résultat était magnifique et l'aventure continue !

Plus d'info sur : www.amazoneacroquer.be ou sur facebook

Amazone à croquer Divinement Femmes d'aujourd'hui

Par Maria Clark.

Texte issu de l’intervention donnée lors de la table ronde pour l’événement « Le
Muzéum », 7 janvier 2016, curating Jeanne Laurent. Galerie Le Génie de la Bastille - Paris.

Je suis modèle professionnel, c’est à dire que je pose entre 25 heures et 35 heures par
semaine depuis une dizaine d’année. (Auparavant, je posais déjà, plus ponctuellement.)
Les gens sont toujours étonnés de savoir que l’on peut vivre de ce métier. C’est en effet
une profession pour certains d’entre nous.

C’est un travail très physique qui demande énormément d’ancrage et surtout une grande
force mentale. Il faut pouvoir bien évidemment tenir physiquement certaines postures plus
difficiles que d’autres.

Le modèle propose ses poses, c’est très rare qu’elles soient imposées. On peut nous
suggérer des thématiques ou des orientations de travail, mais le modèle est en général
auteur de ses poses. Je le précise car c’est le coté créatif et artistique de cette activité. Et la
plupart des gens n’en ont pas idée.

Mes employeurs sont principalement les écoles d’arts plastiques, les cours du soir de la
ville de Paris, les associations, les artistes en privés ou ceux qui se cotisent pour se payer
un modèle. Je travaille donc principalement dans des ateliers avec plusieurs personnes:
un « corps commun », une énergie globale, et néanmoins une multitude de rapports
intimes…

Quand j’entre dans un atelier une certaine énergie se dégage, la plupart du temps
bienveillante et concentrée. Parfois l’ambiance est plus électrique ou tendue ou morne;
mon objectif est d’emmener les élèves et artistes dans un autre espace temps, celui de la
créativité, celui de l’art. J’estime que le modèle est un vrai accompagnateur, j’aime à dire
que le modèle est un maïeuticien. Il soutient le processus créatif, et tout comme Socrate
aidait à accoucher les esprits, le modèle accompagne l’artiste pour l’aider à accoucher de
son oeuvre. Le modèle ne pose pas pour lui-même, pour le plaisir de se montrer, il n’est
pas question d’exhibitionnisme! Il est là pour quelqu’un, c’est vraiment important. C’est la
vocation que je me suis donnée.

C’est un métier que je fais avec passion. Si je n’étais pas passionnée je ne tiendrais pas le
coup. C’est physiquement très exigent, nous ne sommes pas à l’abri de toutes les douleurs
et problèmes physiques engendrés par certaines postures. Et il faut bien connaitre son
corps pour éviter de se faire mal.

Je passe une grande partie de mon temps nue et immobile.

Je pose en général six heures par jours, parfois neuf, mais j’évite de plus en plus, car c’est
vraiment fatigant. Neuf heures ce n’est pas neuf heures d’affilées, on part le matin très tôt
pour se rendre au fil de la journée dans trois cours (souvent de trois heures), avec parfois
deux heures de battement entre deux séances. Je rentre le soir vers 23h sur les rotules.
Deux cours par jour c’est largement suffisant. Une séance par jour serait idéal, ce qui me
permettrait aussi de dégager plus de temps pour mon travail de recherche!

Je vais pour vous me mettre sur une sellette - la sellette est une petite estrade (appelée
auparavant « table du modèle ») sur laquelle le modèle pose. (démonstration) La sellette
est un petit espace, c’est notre bulle, la bulle dans laquelle on évolue. Les modèles
n’aiment pas que les artistes et les élèves s’assoient sur la sellette, c’est notre espace de
travail, il est intime, d’autant qu’on y pose nus. Déjà avant d’y monter, il a un rituel: on se
déshabille derrière un paravant ou dans un vestiaire, on enfile un paréo ou un kimono
(Moi, j’ai un kimono). Dès l’instant où je mets mon kimono je deviens modèle. Je retire mes
tongs (élément du modèle!) et je monte sur la sellette. C’est une fois sur la sellette que je
retire mon kimono. Je ne vais pas me déshabiller ici devant vous, ce n’est pas à propos, et
de toute façon il fait froid (car les chauffages indispensables du modèle ne sont pas
installés). De toute façon, on propose aussi des poses habillées, avec des accessoires,
parfois des poses plus « performatives ». Je travaille par exemple avec une enseignante
qui met à disposition sur la sellette énormément d’accessoires. Je peux jouer avec quand
bon me semble et proposer des attitudes plus incongrues, selon mon humeur du
moment.

Les poses durent 3/4 d’heure maximum. Il faut tenir 45 minutes, plusieurs sessions de
45 minutes, avec une coupure de 15 minutes entre les sessions. On imagine souvent le
modèle qui pose des heures sans bouger. Heureusement ces 15 minutes de pause
permettent de s’étirer et de récupérer une jambe engourdie… Et le modèle propose aussi
des poses rapides de croquis, des poses en mouvement…

(démonstration).Un pose comme celle-ci, les bras en l’air, je la tiens 5 minutes. Ensuite je
change de pose (démonstration) celle-là je peux la tenir 1/4 d’heure. Je sais plus ou moins
en fonction de la façon dont je suis ancrée combien de temps je peux garder une pose.
Je propose des formes, un architecture dans l’espace pour donner à voir des lignes, des
lumières, etc. La peau accroche plus ou moins bien la lumière, selon les moments de la
journée, selon les qualités de peau, selon l’emplacement de la sellette. Il faut avoir une
conscience non seulement des gens qui travaillent autour de nous, mais de notre
environnement - la lumière, la chaleur, etc. S’il fait un peu froid, on ne pose pas de la
même façon que s’il fait chaud, les muscles ne réagissent pas pareil, ils peuvent se
tétaniser. Il y a pas mal de choses à prendre en considération…

J’ai réalisé, avec l’expérience, que proposer des formes ce n’était pas suffisant. C’est
vraiment autre chose qui se joue là. C’est une histoire de présence. Les modèles qui sont
appréciés sont ceux qui sont dans une grande générosité et qui ont une belle présence.

C’est un don à l’autre. Pour moi être modèle c’est proposer un état d’être à autrui. Cet état
d’être prend une certaine forme ou une autre. Quand ce sont des poses dynamiques, c’est
plus de l’ordre de la chorégraphie, mais il y a tout de même une façon de se porter et
d’habiter son corps. C’est très différent d’un modèle à l’autre. Actuellement je reprends
moi-même des cours d’après modèle et je me rends compte des différents styles de
modèles, il y a vraiment de tout, c’est ce qui est intéressant. Il n’y a pas de canon
esthétique pour être modèle, ça aussi ça fait parti des stéréotypes - à cause du
mannequinat et de l’arrivée de la photographie qui a changé l’idée du modèle et du
corps. Il n’y a pas de physique prérequis. Par contre il y a une réelle qualité de présence. Et
c’est cette qualité de présence qui détermine l’inspiration. On me parle parfois de
modèles qui n’ont rien à donner et en face desquels l’élève s’ennuie. Comme je défends
mes collègues, je conseille alors d’utiliser l’ennui - « Dessinez donc l’ennui! » -, mais ça ne
marche pas à tous les coups, il est vrai. Il m’est arrivé aussi de m’ennuyer avec certains
modèles, ça me fait devenir toute molle, et mon trait de crayon en pâtit.

C’est très particulier un atelier… Ceux qui dessinent ici connaissent! Et vu du coté du
modèle c’est encore différent. Les artistes et élèves sont pris par l’acte de dessiner et le
temps passe vite; pour le modèle qui tient 45 minutes sans bouger, le temps est différent;
ce temps là il faut pouvoir le vivre sans y penser. Les temporalités se fondent, il n’y a plus ni
passé, ni futur, c’est ce que j’appelle le plus-que-présent… Être au-delà de toutes les
temporalités. Certains disent que c’est de l’ordre de la méditation. Je suis en effet
concentrée sur ma respiration, c’est vraiment elle qui permet de s’ancrer dans cette nontemporalité.

L’espace aussi finalement se perd, la sellette est toujours là bien évidemment, mais elle
devient espace primordial. Finalement c’est une relation avec le Grand tout, j’ose le dire,
oui. C’est une activité qui pour moi est de l’ordre du spirituel.

Certains modèles abordent le métier d’une manière complètement différente, bien sûr,
certains ont des catalogues de poses ou des références à l’histoire de l’art qui alimentent
la diversité de leur propositions. Mais pour tenir sur la durée, pour ceux qui travaillent
beaucoup comme moi, il faut arriver à passer un cap et entrer dans cet état d’être
spécifique.

J’ai écrit un petit ouvrage, un essai1, des réflexions sur mon travail d’artiste-performer et
sur celui de modèle car Il existe un lien c’est évident entre mes deux activités.

Je vais vous lire quelques petits passages de mon livre qui reprennent ce que je viens de
vous dire:
« L’acte de performance et l’acte de la pose se rejoignent. C’est que le temps change de
durée. Une perception intime, un abandon. Je délaisse Chronos et les calendriers (…) une
plongée dans l’étendue homogène du continuum espace-temps. (…)
Mon matériel minimal du faire est bien tout simplement moi-même. »
Finalement c’est ce que j’aime dans la performance et la pose, c’est que je n’ai besoin de
rien d’autre que de moi-même. Et en plus, c’est un moi nu, pas besoin de vêtements… Je
vais faire une petite parenthèse concernant le vêtement. Quand on pose, la peau devient
réellement un habit. En ce qui me concerne, quand je suis sur la sellette, je suis
entièrement moi; d’autres modèles au contraire estiment être des « personnages » car ils
ont besoin d’une certaine distanciation, mais une chose revient à chaque fois, c’est cette
sensation de ne pas être nu, de revêtir cet « habit de nu » qui fait que nous ne sommes pas
« mis à nu ».

C’est la raison pour laquelle il n‘y pas de place pour les regards déplacés. Le quidam
fabule volontiers sur le modèle féminin qui couche avec l’artiste, c’est une image véhiculée
également par certains films. Cette image du modèle est liée à la prostitution du
19e siècle et du début du 20e siècle, à « la Parisienne » aussi, fille facile qui posait pour un
homme en privé. Mais c’était aussi un métier à l’époque, et bien avant. À partir du
17e siècle c’était d’ailleurs un métier d’hommes. Les modèles posaient alors à l’Académie
royale de peinture et de sculpture (les femmes n’avaient pas accès à l’académie, ni en tant
que modèle ni en tant qu’élève d’ailleurs).

Je n’ai jamais sentie de gêne, de regards érotisés, sauf une fois ou deux peut-être oui en
dix ans, mais de toute façon ça m’importe peu, je ne les vois pas, je suis tellement
concentrée et enveloppée d’une conscience plus globale… et puis chacun se raconte
l’histoire qu’il veut finalement, ça ne me regarde pas.
1 À bras-le corps, La plâtrière éditions, 2012

Il y a des aller-retours constants entre la salle et le modèle, des mouvements invisibles et
fluides… Mais la peau c’est à la fois ces pores ouverts et un écran, c’est l’habit de peau qui
nous protège.

(reprise de la lecture)« Mon matériel minimal du faire est bien tout simplement moi-même. Aurais-je accepté ma
condition de mortelle? Quoi qu’il en soit, je cultive tant que je peux une liberté et un
enthousiasme sans cesse renouvelés de l’instant « plus-que-présent » - ce temps plein qui
me pétrit et qui existe en dehors de toute chronologie. »
Vous l’avez bien compris, ma façon d’être modèle est assez engagée.
(reprise de la lecture)
« Engagement. C’est le mot. Les temporalités se concentrent en un seul instant, à la croisée
du passé, du présent, du futur. Je m’y engage; j’y suis. Le corps en tension, l’esprit libéré.

Le temps que vit le peintre en train de peindre n’a rien à voir avec celui que vit le modèle
en train de poser. Elastique (extensible, « intensible »), mon temps à moi varie en fonction
de mon humeur, de ma vivacité, de mon état de fatigue, de l'acuité de mon cerveau, de
mes préoccupations, de ma santé, de la température ambiante, de l’état de confort de
l'atelier. S'il fait froid, que mes muscles se crispent, il passe plus lentement. Il s'arrête aussi
parfois. Il ne se fige pas, il s'arrête tout simplement.

Commencer à poser en pensant qu'il reste encore 45 minutes, c'est accorder au temps sa
durée, et ça peut vite devenir pénible. »

Il y a des jours en effet où on est crevés, et il est plus difficile d’entrer dans cet espace
temps dont je faisais allusion tout à l’heure, l’espace idéal du modèle. Mais parfois tu as
mal partout tu es fatigué ce n’est pas toujours évident d’être complètement disponible.

J’utilise alors l’humeur du moment puisque je propose un état de présence.

Il m’est arrivé une fois d’arriver en cours triste de certains événements de ma vie et de
prévenir que j’allais peut-être pleurer. « Utilisez cette émotion dans vos dessins », ai-je
suggéré pour ne pas mettre les élèves dans l’embarras quand en effet les larmes ont
commencé à couler. Nous pouvons être à fleur de peau… les pores ce sont aussi de
petites antennes, c’est notre humanité. Je ne peux pas généraliser bien sûr, car certains
modèles n’ont pas cette conception là de la pose, ni cette conscience et aborde le métier
d’une façon toute différente.

Et donc pour terminer:
(lecture)
« Quel étrange travail que celui-ci: tenir une attitude et être. Être dans le faire sans bouger.
À contre-courant de l’habituelle agitation. »

C’est une chose assez extraordinaire en effet que cet espace hors du temps.

On est dans la ville, Paris en l’occurence, tout va vite, les métros, les gens… on entre dans
l’atelier, et là on inverse tout. C’est la force du silence, le force de la concentration. Le fait
d’être immobile aussi, d’être en « arrêt sur image ». Ce n’est pas très naturel… Mais en
réalité l’immobilité n’existe pas, c’est justement la raison pour laquelle le modèle vivant est
proposé dans les écoles, car nous sommes bien vivants! - frémissement de la chair ou un
appui qui se déplace légèrement au fil de la pose… Tout est dans la subtilité, une
immobilité vibratoire qui nous échappe ou que l’on gère consciemment de l’intérieur (par
des micro-mouvements qui nous réajustent constamment à nous-même et à l’espace
environnant).

La pose est pour moi un art. J’ai longtemps hésité à utiliser ce mot et puis finalement je le
revendique. Il est vrai que la pose n’est pas un art pour tout le monde, on peut poser
ponctuellement, avec moins de créativité, comme dans tous les corps de métier
finalement (il y a des artistes-cuisiniers et d’autres qui cuisinent…) Mais le travail de
modèle mérite vraiment d’être valorisé, car il s ‘agit là d’une dimension autre. Nous avons
d’ailleurs monté une association La coordination des Modèles d’art, au sein de laquelle
nous avons entrepris un travail de « prise de conscience » autour de notre activité, en lien
avec nos multiples employeurs, les institutions, les élèves… car vraiment, oui, notre
profession mérite d’être respectée et mieux reconnue.

À lire également:

Maria Clark, « Diogène, le chien et nous. Le corps du performer comme instrument de
la philosophie. » Cliquer sur: https://mariaclarksite.wordpress.com/2016/04/20/diogenele-
chien-et-nous-le-corps-du-performer-comme-instrument-de-la-philosophie/

Maria Clark, L’art de la pose, mensuel Causette n°57, juin 2015.
À lire sur : https://mariaclarksite.wordpress.com/2016/04/20/lart-de-la-pose/
Maria Clark, À bras-le-corps, La plâtrière éditions, 2012.

A télécharger en pdf

Juan de la Cruz ouvre son atelier
les 23, 24 et 25 septembre 2016

VERNISSAGE :   le 23 septembre à 19h
le 24 de 10h à 20h · le 25 de 10h à 18h

Faites-vous une idée de son travail : https://www.facebook.com/juandelacruz.eu/

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